Jour 5 – PEERS Copenhague // Innover en littérature et dans les évaluations

Jour 5 – PEERS Copenhague // Innover en littérature et dans les évaluations

Une matinée d’examens pas comme les autres

Aujourd’hui vendredi, c’est notre dernier jour au sein de la classe danoise au Future Classroom LAB. La journée s’annonce chargée! Nous la débutons par trois heures d’examen avec des étudiants que nous ne connaissons pas encore et qui ont choisi le numérique comme option complémentaire à leur cursus. Par petits groupes, ces étudiants ont dû concevoir une séquence d’enseignement liée au numérique testée en live! En effet, sur le coup des 9h00 une classe d’élèves âgée d’une dizaine d’années a débarqué au Futur Classroom LAB pour tester en groupe les activités préparées. Chaque groupe d’enfants a eu le temps de passer dans deux ateliers. Les thèmes sont divers et variés! Certains groupes ont pu coder leur propre jeu vidéo pendant que d’autres étaient affairés à la conception d’une histoire interactive.

Pendant ce temps Lise Møller, notre hôte et formatrice des étudiants, ainsi que plusieurs autres enseignants du LAB, ont tourné dans les groupes pour évaluer l’efficacité des séquences proposées, la qualité de leur mise en place et l’aisance des futurs enseignants en situation d’enseignement.

De notre côté, nous relevons les avantages que peut avoir cette manière de procéder : 

  1. Les étudiants peuvent dispenser leur séquence à un petit groupe d’élèves à la fois, ce qui est plus aisé.
  1. Ils sont dans un environnement où l’espace et le matériel à disposition sont adéquats à la séquence enseignée.
  2. Ils peuvent améliorer leur leçon entre chaque groupe si nécessaire. 

Et pour terminer, les étudiants sont évalués sur leur pratique, mais ils doivent également remettre un texte réflexif de dix pages  sur la conception de leur leçon, ce qui a fonctionné ou non et faire un retour critique sur leur enseignement.

En immersion dans un poème

L’après-midi, nous découvrons une manière totalement inédite d’étudier un poème grâce à la réalité augmentée, à travers une leçon donnée par Lise. Elle commence par une partie théorique en collectif sur des concepts abordés par les étudiants à travers des textes lus au préalable. Nous parlons de phénoménologie, de remédiation et d’affordance. Des termes compliqués, mais qui se révéleront plus concrets à travers notre activité du jour.

Par groupe, nous avons comme consigne d’analyser un poème d’un auteur danois en anglais. Nous devons répondre à certaines questions purement analytiques avant de se lancer dans une matérialisation de ce poème grâce à la réalité augmentée. Chaque groupe choisit sa technologie en fonction de ce qu’il veut montrer, soit un cube de réalité augmentée soit une landscape sur Cospaces.

Le résultat est très créatif! Nous débattons longuement sur chaque œuvre et tentons d’identifier les éléments tirés directement du texte et ceux qui découlent de notre interprétation. Cet exercice nous montre une manière totalement inédite d’aborder un texte avec les élèves et nous percevons de nombreuses applications possibles! Il permet par exemple de réaliser rapidement les éléments en commun entre chaque groupe et d’en discuter. Nous repartons de cet après-midi avec la croyance et la preuve qu’il est possible d’innover même dans des domaines comme la littérature!

Jour 4 – PEERS Copenhague // Coder en classe, c’est comment?

Jour 4 – PEERS Copenhague // Coder en classe, c’est comment?

Deuxième jour de visite en classe! Nous nous sommes déplacées à Hummeltofteskolen, à 15km au Nord de Copenhague. Nous avons suivi Jakob qui donnait un cours de codage durant toute la matinée dans une classe de 8P. 
Les élèves ont travaillé avec le langage Scratch, qu’ils connaissaient déjà puisqu’ils sont dans une classe “test”, qui a reçu des leçons d’éducation numérique depuis la première année.
La classe a une disposition plus “traditionnelle” que celle du jour d’avant au niveau des tables. Elle est plutôt petite pour plus de 20 élèves et il y a très peu de matériel. 

Le codage

Jakob a introduit les “micro:bit”, qui ont été utilisés comme des sortes de joysticks aux jeux que les élèves ont codé. Nous avons très vite remarqué que les élèves étaient familiers avec le programme. L’installation du micro:bit nous a montré à quel point il est parfois difficile de gérer la réussite du processus pour chaque élève. La manipulation pure de l’outil peut ralentir certains élèves dans leur apprentissage. 

Bien qu’ils étaient engagés dans la tâche, les élèves pouvaient facilement se trouver “bloquer” dans le codage. Ils avaient néanmoins l’air habitués à échanger et n’hésitaient pas à se déplacer pour poser des questions à leurs camarades plus avancés. Ceux-ci avaient d’ailleurs le droit de créer un jeu plus complexe. Ils ont travaillé durant deux heures, sans pause et sans souci de discipline.

Coup de coeur et coup d’oeil

A chaque visite, ses coups de coeur et ses coups d’oeil!

Un coup de coeur au niveau de la gestion de classe; Il était intéressant d’observer que lors des explications collectives données par Jakob, l’enseignante titulaire ne faisait pas un rappel à l’ordre frontal pour capter l’attention des élèves distraits par leur écran. Elle passait dans les rangs et fermait simplement les ordinateurs des élèves.

Le coup d’oeil; la technologie c’est bien, le tableau noir est parfois mieux ! Jakob y est revenu spontanément pour l’explication schématique montrant le parcours que pouvaient faire les petits chats sur le jeu codé par les élèves.

Lego spike test

Après-midi dans le LAB pour expérimenter les Lego Spike et le langage scratch. A nous de jouer!

Jour 3 – PEERS Copenhague // En route pour Bagsværd 

Jour 3 – PEERS Copenhague // En route pour Bagsværd 

Aujourd’hui, nous nous sommes levées aux aurores pour nous rendre dans l’école de Bagsværd située à 12 km au nord-ouest de Copenhague. C’est là que Malthe, Sabine et Gustav, trois étudiants du LAB nous ont accueilli pour les suivre en stage. Durant la matinée, nous allons pouvoir discrètement intégrer un cours d’anglais et de danois.

Notre arrivée dans les classes se fait en fanfare!  Les élèves d’une dizaine d’années, ravis de voir de nouvelles têtes nous posent tout un tas de questions sur les raisons de notre venue, notre métier, et la drôle de langue que nous parlons. Nous nous prêtons au jeu de l’interview en ne dissimulant pas notre plaisir ! Afin de ne pas trop perturber les enfants, nous nous splittons en un binôme par cours.

En anglais, les enfants auraient dû exercer leur compréhension écrite par le biais d’un quizz online (Kahoot) projeté au TBI. Mais la technologie en a décidé autrement. Cela n’a pas fonctionné comme prévu et Mahlte, très réactif, a choisi de travailler l’expression orale en leur proposant le jeu du loup-garou en anglais. Cette leçon sera chargée en émotions pour Malthe puisque c’est son dernier jour de stage dans cette classe.

La suite de la matinée se poursuit avec un cours de danois dispensé par Gustav et Sabine. Le thème de la leçon porte sur la communication et l’argumentation. Afin de développer les compétences en la matière de leurs élèves, Sabine et Gustav ont choisi de passer par un jeu de rôle où deux groupes s’affrontent lors de joutes verbales.

Les activités

Pour aborder la thématique de manière ludique et concrète, Gustav et Sabine ont choisi de mettre leurs élèves en situation en les faisant participer à une plaidoirie. Il s’agit d’une leçon de conclusion sur la thématique et ils ont même enfilé des “costumes” pour l’occasion.

Trois situations concrètes vécues par les enfants ont été sélectionnées par les jeunes enseignants: la semaine de la science, Halloween et les règles d’un jeu de balle . Deux groupes d’élèves constitués au préalable se sont affrontés autour du cas qui leur a été attribué et ont dû user d’arguments convaincants afin de remporter le vote des autres groupes et de la juge incarnée par Sabine! 

Les stagiaires ont introduit le thème par un court rappel sur le décryptage des stratégies de communication selon Ethos, Pathos et Logos. Puis les enfants se sont lancés dans l’activité à proprement parler en rédigeant leurs arguments durant une vingtaine de minutes. Une fois le travail terminé, les joutes verbales ont pu débuter! Tout au long de l’activité, nous avons pu observer des élèves concentrés, motivés et engagés dans la tâche que ce soit lors de leur prise de parole lors des joutes ou pour donner leur avis au moment du vote.

Après leur leçon, les stagiaires nous expliquent qu’ils essaient de concevoir leur enseignement selon le modèle “design” utilisé au LAB, soit avec les différentes phases d’introduction, recherche, production et présentation. C’est assez innovant, mais nous remarquons que d’une manière générale, les élèves sont plus “libres” que dans les classes suisses. Les tables sont disposées en îlots et les élèves ont peu d’affaires personnelles (un casier chacun), puisque beaucoup de ressources sont sur leurs ordinateurs, fournis par l’école. 

Les élèves sont souvent en mouvement. Dans les couloirs, ils sont nombreux à s’installer dans plein de positions différentes pour travailler sur des espaces aménagés à cet effet. Une manière de fonctionner inspirante, qui change de ce que nous avons l’habitude de voir en Suisse romande.

Rituels et routines en classe

Les rituels et routines de cette classe sont bien rôdés. Le ton n’a jamais été haussé durant notre leçon mais les élèves sont bien cadrés et respectent les règles de vie de la classe. Les codes sont pour la majorité signés ! On lève la main quand on souhaite prendre la parole, on lève l’auriculaire pour se rendre aux toilettes, on se frotte les mains pour abonder dans le sens d’un camarade qui s’exprime, mais sans pour autant l’interrompre. Pour le retour au calme avant et après chaque activité, l’enseignante frappe dans ses mains à des rythmes variés que les élèves reproduisent à l’unisson. L’enseignante continue jusqu’à ce que chaque élève adopte le rythme.

Jour 2 – PEERS Copenhague // Ils savent coder!

Jour 2 – PEERS Copenhague // Ils savent coder!

Nous passons la matinée avec Jakob et un enseignant responsable du programme Coding Class. Nous assistons à la dernière leçon; la présentation des projets par les élèves (âgés de 12-13 ans). Par groupe, ils ont imaginé leur “Future classroom” avec le programme Codespaces.

Les présentations sont en danois, mais nous avons la chance de voir le résultat final, projeté sur grand écran! Chaque groupe raconte l’histoire de son projet et ce qu’il a imaginé. Nous ne saisissons pas tout, mais nous sommes impressionnées par leur aisance à parler devant la classe et par leur engagement. Il faut dire qu’ils s’y préparent depuis de nombreuses semaines.

Jakob nous explique que les élèves ont suivi 4 sessions de 5 heures avant cette présentation. Pour apprendre à coder, mais aussi pour s’imprégner du “design concept”. Le programme Coding Class leur a permis de travailler sur le même projet simultanément depuis plusieurs ordinateurs.

Un fort accent est mis sur les “feedbacks”, autant de la part des autres élèves que des professeurs.

Un après-midi au LAB

L’après-midi, nous avons du temps pour explorer le LAB, par nous-mêmes et avec les élèves rencontrés le matin qui le découvrent également. Au menu, quelques robots, l’exploration du matériel caché et du gaming, l’activité préférée des enfants (et des adultes qui se lancent dans une partie de Fifa durant la mi-temps du match de football du Danemark…!).

La journée se termine par une soirée féérique dans le parc de Tivoli. Un “must see” absolu à Copenhague, surtout à la période de Noël!

Jour 1 – PEERS Copenhague // Retour dans le futur

Jour 1 – PEERS Copenhague // Retour dans le futur

Le Lab

Notre arrivée au FCL de Copenhague nous en a mis plein les mirettes. Nous avons découvert non sans émerveillement, près de 300m2 dédiés à l’exploration, la création et la réflexion. Une impression de retour dans le futur!  Cet espace est aussi bien ouvert aux étudiants suivant le bachelor primaire spécialisé dans le numérique qu’aux enseignants déjà sur le terrain et désireux de réfléchir à comment transposer les nouvelles technologies dans leurs environnement scolaire de manière efficiente. Le Lab est donc bien plus qu’un vaste lieu d’expérimentation ludique, par la réflexion, il propose aux enseignants de s’approprier leur espace de classe autrement. Que ce soit du côté des élèves ou des enseignants, l’humain est placé au centre de la réflexion.

Du côté enseignant par exemple, la charte définissant le cadre de leur pratique est fièrement placardée sur un pilier de l’espace.  Le point 7 : “Use your persona “, nous a particulièrement inspirées. Ne pas avoir peur d’être soi-même et d’utiliser ses propres expériences pour “colorer” son enseignement est une pratique que nous garderons précieusement dans notre boîte à outils de futures enseignantes.

Le Play Lab

C’est la version pour les minis ! Sur le même étage, se trouve un espace dédié aux élèves du cycle I. Ici, la tech prend moins de place. Les étudiants et les équipes pédagogiques qui investissent les lieux, réfléchissent ensemble à des problématiques rencontrées durant leurs pratiques professionnelles. Au rez de ce bel espace, trônent fièrement quelques vieilles commodes soigneusement chinées transformées en petit Lab mobile à installer en classe. Une belle idée dont les enseignants peuvent s’inspirer pour faire vivre leur classe.

Nous avons découvert des outils simples mais efficaces comme la roue de planification en photo ci-dessous. Cette dernière permet de paramétrer une situation d’enseignement en choisissant l’environnement dans lequel elle va se dérouler, le thème abordé, les moyens utilisés et enfin la modalité de jeu choisie. Que ce soit en amont pour préparer sa planification, ou suite à une période d’enseignement pour analyser sa pratique, la roue de planification permet d’ouvrir la discussion et d’avoir une vision globale des facteurs ayant fonctionné ou perturbé la séquence d’enseignement.

Courage of failure

Dès le début de la visite, le ton est donné par Lise : il n’y a pas de questions stupides. Elle nous engage à explorer et à essayer même si nous ne sommes pas familières avec les outils. Et surtout, elle nous explique que le LAB cultive le « courage of failure », qu’on peut traduire par « le courage d’échouer ». Un concept peu valorisé à l’école, où la réussite est omniprésente. Le concept semble inévitable avec des matières comme la technologie, qui peut souvent confronter son utilisateur à des bugs et à des échecs.

Lise nous explique l’importance que les erreurs et les échecs ont dans le LAB. Chaque échec permet à l’enseignant d’apprendre quelque chose sur sa séquence, les difficultés rencontrées par les élèves, ce sur quoi il faut encore travailler, etc… Cette conception de l’échec nous a plu et nous a inspiré. Elle fait partie du mindset général prôné par le LAB (lire ci-dessous).

Shitty Robots

Dans l’après-midi, nous rencontrons les étudiant-es pour une première activité dans le LAB. Et quelle activité ! Lise nous met au défi de réaliser un shitty robot (un robot de m*, comme la célèbre Simone Giertz) en 35 minutes, par groupe. Nous sommes intégrées dans un groupe et le défi commence ! Le projet se réalise en suivant les étapes clés de création selon le LAB : présentation, recherche, expérimentation, production et feedback.

Il est fascinant de voir comment les différents groupes ont imaginé des robots en quelques minutes ; un réveil qui danse, un robot qui agite un drapeau, un jouet pour chat ou encore un robot qui amène une sucette. Il faut dire que le matériel à disposition ne met aucune limite! Tous les groupes ont décidé de coder leur robot avec le programme … (Lego).

Cette activité nous a permis de découvrir la “table de Feedback” du LAB. Une petite table toute simple qui se déplace avec l’enseignante de groupe en groupe pour donner des rétroactions. Sa particularité? Des pictogrammes pour poser des questions, donner des bons points ou des ajustements. Et surtout, une boîte de lunettes que l’enseignante enfile selon ce qu’elle va dire. Les lunettes jaunes pour l’optimisme, les noirs pour le risque, les bleus pour les valeurs, etc… Un outil tout simple et qui nous a autant étonnées que séduites! 

Le projet s’est terminé par une mise en commun avec une réflexion sur la frustration de ne pas présenter un modèle fini et qui fonctionne (ce qui était pourtant le but ici). Lise nous présente le modèle de Ejsing-Duun and Tosca (2017) pour parler de plusieurs aspects sur lesquels nous avons travaillé grâce à notre projet (opérationnel, exploration ou encore la beauté du produit fini). Finalement, Lise nous parle de la pensée abductive, soit le fait de réactiver la connexion entre l’activité physique et la pensée abstraite. Un accent est aussi mis sur l’imagination, évidemment au coeur de cet exercice passionnant, qui nous a plongé dans un monde de tous les possibles durant une petite heure.